Et les enfants dans tout ça ? Les familles canadiennes et la télévision à l’ère numérique

Danielle Desjardins 14.11.2012

Synthèse de l’étude «Et les enfants dans tout ça ? Les familles canadiennes et la télévision à l’ère numérique» réalisée par le Groupe de recherche sur les jeunes et les médias de l’Université de Montréal (GRJM)

 

Malgré la surabondance des contenus audiovisuels offerts et l’explosion des outils technologiques permettant d’y accéder à son gré, la télévision occupe toujours une place centrale dans la vie des familles canadiennes composées de préadolescents. Et elle sera en mesure de maintenir cette position, en dépit de l’environnement multiplateforme d’aujourd’hui, tant et aussi longtemps qu’elle continuera d’offrir aux familles une bonne raison de se rassembler sur le canapé pour discuter et se divertir.

 

C’est la conclusion générale à laquelle parvient l’étude Et les enfants dans tout ça ? Les familles canadiennes et la télévision à l’ère numérique, une étude analytique réalisée pour le compte de l’Alliance Médias Jeunesse et conduite à l’échelle nationale par le Groupe de recherche sur les jeunes et les médias du Département de communication de l’Université de Montréal (GRJM), sous la supervision du Dr André H. Caron, Éd.D.

 

Au cours des deux dernières années, les chercheurs se sont déplacés dans cinq villes, d’un bout à l’autre du pays, et ont rencontré chez eux, dans leur environnement quotidien, des enfants âgés de 9 à 12 ans en compagnie de leurs parents afin de sonder leurs relations avec les médias et leurs opinions sur la programmation offerte à cette tranche d’âge. Ils ont également organisé des groupes de discussion auprès d’enfants, d’adolescents et de parents dans chacune des villes visitées.

 

Un projet inédit en deux volets

Cette étude est le deuxième volet d’un projet de trois ans, dont le premier1, publié en 2010, consiste en une analyse quantitative de plus de 150 heures de contenu télévisuel diffusé dans tout le Canada au cours du printemps 2009.

 

Le premier volet avait permis de constater un déficit dans la variété et la quantité des émissions canadiennes visant expressément les enfants âgés de 9 à 12 ans et un désintérêt — que les auteurs estiment conséquents — de cette tranche d’âge pour les émissions canadiennes destinées aux enfants.

 

En s’appuyant sur ces résultats, l’équipe du GRJM a orienté la deuxième phase de ses travaux vers une analyse qualitative de la perception que les enfants de 9 à 12 ans et leurs parents ont du contenu télévisuel qui leur est offert.

 

L’étude, menée auprès d’un échantillon représentatif de plus de 200 participants provenant de quelque 80 familles, a permis d’explorer la place que la télévision en particulier et les nouvelles technologies médiatiques en général occupent dans l’univers social des enfants d’aujourd’hui et de mesurer l’incidence de la programmation destinée aux enfants sur leur identité et leurs valeurs.

 

Dans chacune des cinq villes visitées — St. John’s, Montréal, Toronto, Calgary et Vancouver —, le GRJM a rencontré cinq familles constituées d’au moins un enfant âgé entre 9 et 12 ans qui écoutait 10 heures ou plus de télévision par semaine, et où on possédait quelques-uns des nouveaux outils technologiques de communication.

 

Les familles choisies provenaient de toutes les classes sociales et d’agglomérations urbaines de taille très différente (entre un peu moins de 200 000 personnes à St. John’s et plus de 6 millions à Toronto). Au chapitre des technologies, le GRJM a relevé, par famille, une moyenne de 3,5 postes de télévision, de 2,3 ordinateurs et de 2,9 consoles de jeux vidéo. Toutes les familles avaient un accès Internet haute vitesse. Un enfant sur deux possédait un compte Facebook, même si, officiellement, il faut avoir au moins 13 ans pour le faire. Un enfant sur deux possédait un téléphone mobile et deux sur trois, un iPod.

 

L’incidence des nouvelles technologies

Malgré cette pénétration des outils technologiques dans les foyers, les enfants regardent encore majoritairement les émissions de télévision à partir d’un poste de télévision. La moitié des enfants n’avait jamais regardé une émission en ligne tandis que l’autre moitié n’en faisait pas une habitude.

 

Quand ils écoutent une émission en ligne, les enfants de cette tranche d’âge écoutent la plupart du temps une émission précise, avec laquelle ils se sont d’abord familiarisés sur leur chaîne de télévision préférée. Les 11 à 12 ans s’aventurent davantage sur le Web que les plus jeunes, probablement, estime l’étude, parce que c’est vers cet âge que commence leur période de socialisation par l’entremise des médias sociaux. Ils sont également plus enclins à adopter des comportements multitâches (comme texter avec des amis, clavarder sur Facebook, jouer à un jeu vidéo sur iPod, etc.) simultanément à leur écoute de la télévision que les enfants plus jeunes, qui se concentrent davantage sur une seule tâche.

 

Mais dès qu’une émission de leur goût est diffusée, les enfants mettent volontiers leurs jouets technologiques de côté pour se concentrer sur l’écoute de la télévision. La télévision prévaudra alors sur la nouvelle technologie et même sur les médias sociaux.

 

Et ce qui captive les enfants au premier chef, c’est le contenu, quelle que soit son origine. D’ailleurs, plusieurs des 9 à 12 ans rencontrés par l’équipe du GRJM, s’ils conservaient de bons souvenirs de certaines émissions canadiennes de leur petite enfance, pouvaient difficilement identifier l’origine des émissions destinées à leur tranche d’âge. Quand ils le faisaient, c’était souvent sur le plan de la qualité, estimant, pour certains, que les émissions américaines étaient techniquement supérieures, et, pour d’autres, que les émissions canadiennes se distinguaient par les valeurs qu’elles reflétaient.

 

D’un océan à l’autre, des particularités régionales

Les portraits régionaux qui se dégagent des observations des chercheurs du GRJM, tout en échappant aux stéréotypes, présentent tout de même certaines couleurs propres à leur région.

 

Ainsi, les familles de St. John’s sont celles qui consacrent le plus de temps à l’écoute de la télévision et à l’écoute en famille, mais également celles dont les enfants passent le plus de temps à jouer dehors. Les enfants rencontrés à Montréal savent faire la différence entre les émissions d’origine québécoise — plus proches de leur univers culturel — et les américaines tout en s’identifiant aux deux types d’émissions. À Toronto, les parents, accaparés par leurs activités professionnelles et les longs trajets entre la maison et le bureau, ont peu de temps à consacrer à l’écoute de la télévision en famille, mais accordent beaucoup d’importance aux contenus audiovisuels porteurs de connaissances. Animés par des valeurs plus traditionnelles et conservatrices que celles des autres parents, ceux de Calgary interviennent plus étroitement qu’ailleurs dans la consommation médiatique de leurs enfants, ce qui explique sans doute pourquoi leurs enfants étaient les seuls à ne pas avoir de poste de télévision dans leur chambre. Pour les enfants et les familles de Vancouver, la télévision, même si elle demeure une activité familiale importante, est souvent reléguée au second plan au profit d’activités de plein air.

 

Davantage qu’un simple objet de divertissement

La tendance la plus forte qui s’est dégagée des quelque 60 heures de matériel et des observations de terrain des chercheurs, c’est l’importance accordée aux moments passés devant la télévision en famille. Bref, concluent les auteurs, la télévision n’est pas un média comme les autres. Au contraire des nouvelles plateformes de distribution de contenu, qui isolent l’usager, la télévision offre aux familles une occasion de délaisser leurs jouets technologiques pour passer du temps ensemble. Pour les familles, elle dépasse souvent sa fonction de simple divertissement pour servir d’outil d’apprentissage, offrir des modèles de socialisation à émuler, proposer des réponses aux préoccupations quotidiennes des enfants.

 

La télévision, c’est également un vecteur important de l’identité culturelle nationale, rappellent les auteurs de l’étude, qui soulignent que les producteurs canadiens seraient bien avisés d’attiser et de maintenir l’intérêt des préadolescents pour du contenu canadien de qualité à cette époque charnière de leur vie.

 

L'étude «Et les enfants dans tout ça ? Les familles canadiennes et la télévision à l’ère numérique» est disponible ici. Une version sommaire est également disponible. 


1 Une analyse nationale de la programmation de télévision pour enfants au Canada [en ligne : www.ymamj.org/pdf/nationalstudy.pdf — en anglais seulement].

 

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Danielle Desjardins est consultante. Elle offre des services d’analyse, de recherche et de rédaction aux entreprises et organisations des secteurs médiatiques et culturels. Auparavant, elle était directrice de la planification à Radio-Canada, où, pendant une vingtaine d’années, elle a été responsable de dossiers stratégiques, institutionnels et réglementaires.

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La Brigade de veille du FMC relève du secteur de veille stratégique du Fonds des Médias du Canada.  Cette intiative réunit des collaborateurs reconnus pour leur implication active dans le secteur des médias numériques et interactifs. L'objectif de cette brigade est de contribuer à une approche collaborative dans l'agrégation, l’analyse et le partage de connaissances et d'expertise.

 

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